Vous connaissez la théorie de l’attachement. Vous savez qu’un attachement sécure est une ressource, qu’un attachement insécure peut devenir un facteur de vulnérabilité. Vous utilisez peut-être ces notions pour comprendre certains comportements, orienter certaines hypothèses cliniques.
Et pourtant, il arrive un moment dans la pratique où la théorie ne suffit plus. Où l’enfant en face de vous ne rentre pas dans une catégorie. Où les parents que vous accompagnez vous semblent à la fois attachants et dangereux, à la fois ressources et obstacles. Où votre lecture de la situation reste floue, difficile à formaliser, difficile à transmettre à vos collègues.
Ce n’est pas un problème de compétence. C’est un problème d’outil théorique.
Cet article vous présente les deux grands modèles de l’attachement — le modèle classique ABC+D et le DMM de Patricia Crittenden — et vous explique concrètement pourquoi comprendre leur différence transforme ce que vous voyez et ce que vous faites en consultation.
Le modèle classique ABC+D : une base solide, un angle limité
Le modèle développé par John Bowlby et Mary Ainsworth, enrichi ensuite par Mary Main et Judith Solomon, est le socle historique de la théorie de l’attachement. Il décrit quatre patterns principaux : sécure (B), évitant (A), anxieux-ambivalent (C) et désorganisé (D).
Ce modèle a considérablement transformé la façon dont nous comprenons le développement de l’enfant et les interactions précoces. Il est solide, largement validé par la recherche, et a profondément influencé les pratiques cliniques en périnatalité, protection de l’enfance et psychothérapie.
Sa limite principale est inhérente à sa logique : il classe. Il décrit des catégories qui permettent d’identifier un pattern dominant, mais rend plus difficile de saisir la dynamique de la personne dans son histoire, dans son contexte, face aux dangers spécifiques qu’elle a rencontrés. Mais il a deux autres limites non négligeables : il a été développé sur des échantillons de population normative principalement et il est occidento-centré culturellement.
Dans la pratique, cela peut se traduire par une tendance involontaire à pathologiser l’attachement insécure. À voir, pour un enfant avec un pattern d’attachement évitant ou ambivalent-résistant, un problème à corriger, plutôt qu’une adaptation intelligente à un environnement peu fiable.
Le DMM ( Crittenden) : une logique d’adaptation, pas de classification
Le Dynamic Maturational Model d’attachement et d’adaptation développé par Patricia Crittenden part d’une prémisse différente de celle du modèle théorique classique de la théorie de l’attachement de Mary Main, le modèle ABC+D : toutes les stratégies d’attachement, y compris les plus insécures, sont des réponses fonctionnelles à des dangers réels ou perçus.
L’enfant qui inhibe ses émotions et s’adapte parfaitement aux attentes des adultes n’est pas insécure, il est anxieux parce que l’environnement est insécure. Il a appris que cette stratégie évitante maximise ses chances d’obtenir les meilleurs soins possibles de son caregiver dans un contexte précis. Le DMM n’a donc pas une approche déficitaire de l’attachement insécure mais au contraire un approche basée sur les ressources, c’est à dire que l’attachement insécure, même extrêmement insécure c’est une réponse adaptative, construite dans une histoire, maintenue parce qu’elle a servi, offrant autant que possible protection dans un environnement dangereux, rejetant et ou imprévisible.
Le DMM ne classe pas les pattern d’attachements en catégorie sécure ou insécure sur la base du comportement mais en fait sur la base de leur fonction adaptative. Il décrit comment une personne traite dans son cerveau sous stress l’information affective et cognitive qui lui permet de prédire, au regard de l’histoire de l’adversité qu’il a rencontré, ce qui est le plus protecteur pour lui. Par ailleurs, et contrairement au modèle ABC+D, le DMM prends en compte les apports de la maturation et du développement dans l’organisation des stratégie d’attachement ce qu’il fait que la stratégie n’est jamais fixe, toujours mise à jours en fonction des expériences, du contextes, des relations et ce à tous les âges de la vie. Ce changement de perspective a des implications cliniques très concrètes.
Quand vous rencontrez une mère qui minimise systématiquement les besoins de son enfant, le modèle classique peut vous conduire à une lecture déficitaire : elle est peu sensible. Le DMM vous amène à vous demander : dans quel contexte cette femme a-t-elle appris que montrer ses émotions était dangereux et que par conséquence enseigner à son enfant à ne pas montrer ses émotions négatifs était protecteur ( ce processus étant inconscient) ? Quelle est la logique adaptative de cette stratégie ? Et comment cela influence-t-il aujourd’hui la façon dont elle répond à son enfant ?
Ce n’est pas une lecture plus indulgente. C’est une lecture plus précise et plus utile pour construire une intervention.
Ce que les cliniciens changent concrètement après cette formation
Plusieurs professionnels ayant suivi la formation “Intégrer l’attachement dans vos pratiques cliniques” décrivent des transformations similaires :
Une kinésithérapeute pédiatrique témoigne avoir réorienté entièrement sa posture de conseil aux parents, moins d’injonctions, plus de réassurance , après avoir compris la logique adaptative des stratégies d’attachement.
Une psychologue en libéral décrit le fait de “penser DMM” comme un changement de lunettes permanent : elle repère maintenant dans le discours de ses patients si l’information est plutôt affective ou cognitive, si la stratégie est plutôt inhibitrice ou hyperactivante, et ajuste ses interventions en conséquence.
Une éducatrice spécialisée en protection de l’enfance décrit comment ce cadre lui permet de réfléchir en termes d’adaptation dans une dynamique, ce qui ouvre des perspectives au lieu de figer une situation familiale au risque de la condamner.”
Ce dernier point est particulièrement important pour les professionnels travaillant avec des familles complexes en situation de vulnérabilité. Le DMM ne dit pas que tout va bien. Il dit que chaque comportement a une logique et que comprendre cette logique est la première étape pour l’accompagner.
Quelle différence concrète pour votre pratique ?
Les deux modèles ne sont pas en opposition. Connaître le modèle classique ABC+D reste utile, notamment pour comprendre la recherche sur les interactions précoces. Le DMM l’enrichit et l’étend, en particulier pour les populations cliniques soumises à de nombreuses adversités, et pour le trauma complexe..
Ce que le DMM apporte spécifiquement :
- Une lecture développementale et contextuelle. Les stratégies d’attachement ne sont pas figées, elles évoluent avec l’âge, les expériences, les dangers rencontrés. Cette vision dynamique change la façon dont on pense la trajectoire d’une famille.
- Un cadre pour l’entretien clinique attachement informée. Le DMM donne des outils pour lire le discours d’un patient, sa façon d’intégrer les informations affectives et cognitives, la cohérence ou l’incohérence entre ce qu’il dit et ce qu’il ressent, comme une donnée clinique à part entière.
- Une posture clinique moins normativisante, moins pathologisante et beaucoup centrée sur la fonction adaptative même pour les situations très complexes comme en protection de l’enfance. Cela évite de syndrome de l’étiquette ( il est sécure/évitant. il a un trouble de l’attachement) . Quand la stratégie insécure évitante devient une adaptation intelligente plutôt qu’un problème à corriger, votre regard sur les familles change et les familles le ressentent.
- enfin il se centre sur la famille, son fonctionnement, ses forces, et redonne de l’espoir.
En conclusion
Si vous utilisez déjà l’attachement dans votre pratique et que vous sentez que quelque chose vous échappe, dans la lecture des situations complexes, dans la formalisation de vos hypothèses, dans la transmission à vos collègues; la question n’est peut-être pas de vous former davantage à la théorie. Elle est peut-être d’accéder à un modèle plus adapté à la complexité de votre terrain et à ses outils.
C’est exactement ce que propose la formation “Intégrer l’attachement dans vos pratiques cliniques” construite autour du DMM, animée par Alexandra Deprez, Docteur en psychologie| Spécialiste de l’attachement & des interactions précoces. cette formation de 45 heures environ s’étale sur 10 mois, avec des classes virtuelles régulières et une communauté apprenante active pour une montée en compétences efficace qui s’adapte à vos emplois du temps chargés et qui vous permet d’intégrer petit à petit cette nouvelle façon de voir les stratégies d’attachement.
→ Voir le programme et les dates de la prochaine session (29 septembre 2026)
Formation éligible OPCO — Organisme certifié Qualiopi.



