La question revient souvent, de la part de mes collègues et des apprenants en formation : “Comment intégrer la théorie de l’attachement dans ma pratique clinique ?” Cette interrogation, légitime et fréquente, soulève une idée reçue que je crois nécessaire de clarifier : la théorie de l’attachement n’est pas un ensemble de techniques thérapeutiques. C’est avant tout un cadre conceptuel, une manière de comprendre les dynamiques relationnelles, leur développement du berceau à la tombe, et leur lien avec la régulation émotionnelle, les interactions interpersonnelles, la santé physique et mentale, mais aussi avec l’efficacité des interventions thérapeutiques.
Dans cet article, j’aimerais expliquer pourquoi il est important de ne pas confondre ce cadre conceptuel avec une pratique thérapeutique spécifique, et comment, une fois bien compris, il peut enrichir et soutenir les alliances de travail thérapeutiques, quelle que soit l’approche thérapeutique utilisée. La théorie de l’attachement permet en fait l’instauration de pratiques profondément intégratives.
Un cadre explicatif puissant, mais pas une méthode d’intervention
La théorie de l’attachement, développée par John Bowlby et enrichie par Mary Ainsworth, Marie Main, Patricia Crittenden, et de nombreux autres auteurs, repose sur l’idée que la survie de l’individu et les relations humaines sont fondamentalement modelées par l’expérience précoce de la réponse aux besoins fondamentaux d’attachement : protection, réconfort, proximité, prévisibilité. Il est important de comprendre que cette théorie fournit un référentiel théorique clé du fonctionnement socio-émotionnel des individus et de leur résilience face au stress tout au long de la vie. Le profil d’attachement reflète ainsi l’histoire vécue du sujet laquelle est souvent indicible mais actée et ré-acté dans ses comportements. En comprenant et ensuite en évaluant, identifiant comment les schémas d’attachement sécurisés ou insécurisés influencent le fonctionnement de l’individu, sa façon de se lier aux autres, de gérer ses émotions et de réguler le stress, nous pouvons alors avoir une influence sur ce qui pourrait générer le changement. Nous avons ainsi les moyens de faire sens des comportements adaptatifs ou non, relationnels toujours, et parfois pathologiques, des individus.
Cependant, il est crucial de distinguer le fait que ce référentiel ne vous dit pas comment intervenir. Ce savoir-faire est, je pense, encore en construction et reste difficile à formaliser. C’est ce qui explique le gouffre qui existe dans le champ de l’attachement entre ce que la recherche nous a appris et les applications concrètes que l’on parvient à en faire. C’est ici que la confusion émerge souvent chez les apprenants, qui cherchent des outils ou des stratégies pratiques directement issues de la théorie.
En fait l’utilité vraiment clinique de la théorie de l’attachement c’est pour le professionnel de comprendre, identifier les modèles d’attachement de nos patients, pour, dans le cadre de nos prises en charges, générer des expériences relationnelles correctrices en étant « sensible » dans nos réponses au sujet en souffrance . Ce faisant, comme un parent crée la relation avec son enfant, le thérapeute crée une alliance thérapeutique qui favorise l’exploration des traumas, des schéma relationnel comportementaux, le réflexion et ainsi le développement d’une sécurité relationnelle nouvelle. Il en résulte que tout approches thérapeutique peut être enrichie par la théorie de l’attachement et que l’attachement en tant que telle n’est pas une pratique spécifique thérapeutique.
Les thérapies basées sur l’attachement : des applications dérivées, mais pas des méthodes directes

En clair, ces thérapies partent du principe que les relations interpersonnelles sont au cœur du changement thérapeutique, elle entraînent les savoirs faire et savoir être qui permettent à l’individu de comprendre ses émotions, ses comportement au sein d’une relation thérapeutiques que l’on espère sécure avec un thérapeute et à les transposer avec dans sa vie de toute les jours. Lorsqu’il s’agit de parent l’objectif de ce travail est de les rendre plus sensible aux besoins d’attachement de leur enfant. Changer l’attachement est ainsi changer les conditions qui organisent l’attachement et pour cela il faut maîtriser en profondeur la théorie de l’attachement et être excellent à être en relation, à répondre de manière sensible ( rapide et adéquate) avec l’autre même sous stress.
Comprendre l’attachement pour renforcer l’alliance thérapeutique
L’apport principal de la théorie de l’attachement est donc de pouvoir promouvoir, créer et maintenir une alliance thérapeutique, laquelle est un élément central de toute intervention psychothérapeutique. En tant que praticien, si vous comprenez les besoins d’attachement de vos patients — besoins qui, par définition, ne peuvent être formulés directement par le patient en raison de l’insécurité qui les accompagne —, vous êtes mieux équipé pour prendre soin de ces besoins, instaurer une relation sécurisée et permettre une expérience correctrice de la relation.
Prenons un exemple : un patient avec une stratégie d’attachement de type A (évitant) aura tendance à minimiser ou nier ses besoins émotionnels, à se montrer distant ou à éviter les sujets trop intenses en thérapie, tout en cherchant à satisfaire ce qu’il imagine que le thérapeute attend de lui pour éviter le rejet. Si vous comprenez cela sous l’angle de la théorie de l’attachement, vous ne chercherez pas à “forcer” une exploration émotionnelle. Vous créerez plutôt un environnement où le patient se sent suffisamment en sécurité pour approcher progressivement ces émotions, à son propre rythme, tout en maintenant une connexion empathique et constante. Vous ne serez pas non plus piégé par une apparence d’alliance thérapeutique qui n’est en réalité que l’expression de la stratégie évitante en action. Ce savoir-faire n’est pas propre à la théorie de l’attachement, la théorie de l’attachement ne fait qu’en explicité les processus implicite sous-jacent au plan développementale, émotionnel, adaptatif, et neurophysiologique.
L’alliance thérapeutique devient alors un espace où le thérapeute peut jouer le rôle d’une figure d’attachement transitoire, fournissant une base sécurisante qui permet au patient de développer de nouvelles stratégies de régulation émotionnelle et relationnelle. Vous ne “réparez” pas l’attachement directement, mais vous offrez un environnement relationnel permettant au patient de se réapproprier une capacité relationnel et de régulation en lien avec la sécurité.
Devenir une figure d’attachement transitoire
Ainsi, un aspect fondamental pour intégrer la théorie de l’attachement dans votre pratique est d’apprendre à devenir une figure d’attachement transitoire pour vos patients. Cela ne signifie pas que vous intervenez directement pour “changer” leur modèle d’attachement, mais que vous offrez un espace de sécurité temporaire où ils peuvent expérimenter une nouvelle manière de se lier émotionnellement.
Pour cela, certaines compétences sont essentielles à tous les thérapeutes, quelle que soit leur approche :
- Connaître et maîtriser la théorie de l’attachement et ses concepts pour entendre l’histoire indicible parce que inconsciente des patients. C’est ce qui va permettre de répondre réellement aux besoins d’attachement négligés ou dénié au cours du développement du sujet et donc d’être réellement sensible au sujet.
- Être avec : Apprendre à tolérer et à soutenir les émotions difficiles de vos patients sans chercher à les modifier trop rapidement, et sans laisser vos propres stratégies d’attachement s’activer.
- Modéliser la régulation émotionnelle : Montrer, à travers vos propres réactions, comment il est possible de rester émotionnellement régulé même dans des moments de tension. Vous devez également créer les conditions favorables à la co-régulation, où le patient fait l’expérience d’une présence bienveillante, plus grande, plus forte, et plus sage, qui va réguler sont état interne, une expérience souvent insuffisante chez les individus avec des stratégies d’attachement insécures.
- Réparer les ruptures : Être capable de reconnaître les moments de déconnexion ou de malentendu, et travailler activement à réparer la relation.
- Valider l’expérience émotionnelle : Permettre au patient de sentir que ses émotions sont légitimes, même si elles sont difficiles à exprimer ou à comprendre. Cette validation est cruciale pour que le patient puisse commencer à se réapproprier ses propres ressentis, souvent déformés, déniés dans le cadre d’une stratégie d’attachement insécure.
- Créer et recréer des narratifs cohérents : L’objectif est d’aider le patient à créer un narratif cohérent de son histoire, ce qui lui permet de faire sens de son passé, d’identifier ses capacités de résilience et de mobiliser celles-ci face aux défis inévitables de la vie. C’est ce travail narratif qui, au-delà de la régulation émotionnelle, permet d’établir une continuité dans l’identité du patient et dans ses relations interpersonnelles.
Étonnement ces compétences essentielles pour l’efficacité thérapeutiques, validé par la théorie de l’attachement, ne sont que rarement enseigné comme savoir-faire, savoir être et les professionnels de santé ou de santé mentale sont laissés seuls à découvrir avec plus ou moins de rapidité ou de succès selon leur propre stratégie d’attachement ces compétences cruciale. Dans le meilleur des cas, nous avons des professionnels sécure en terme d’attachement, avec une compétence implicite mais par vraiment explicitable et transférable, dans le pire des cas, la savoir reste sémantique (généralisé, pensée avec des mots boites) mais difficile ou impossible à mettre en œuvre mais si les formations thérapeutiques longues sont probablement les seules qui permettent l’acquisition sans garantie de ces savoirs être, leur transmission restant implicite. L’apport majeur de la théorie de l’attachement selon moi est de pouvoir rentre explicite et spécifique la formulation de ces compétences, leur mise en œuvre et leur transmission.
La théorie de l’attachement, mal comprise et mal enseignée.
Au regard de ce qui précède, l’on comprend alors facilement que l’un des obstacles majeurs à une intégration efficace de la théorie de l’attachement dans la pratique clinique réside dans la manière dont elle est enseignée, en formation brève de quelques jours, synthétique. En effet, trop souvent, elle est présentée de manière simplifiée, focalisée sur les catégories de base — attachement sécurisé ou insécurisé —, et se limite à la description de schémas comportementaux et les résultats qui lie dans le développement l’attachement au fonctionnement de l’adulte et au risque psychopathologie sans véritablement entrer dans les processus dynamiques qui sous-tendent les comportements. En gros, seule la partie émergée de l’iceberg est enseignée, alors que c’est la partie immergée de l’iceberg pour avoir le sentiment d’intégrer qu’il faut maîtriser pour intégrer la théorie de l’attachement à sa pratique clinique, celle qui porte sur le traitement de l’information en mémoire, la co-régulation émotionnel, les transformations des informations dans le traitement de l’information et qui conduit à l’utilisation de modèle de soi, des autres, et du monde inadaptés , potentiellement dangereuse et à la transmission transgénérationnelle de la violence et du trauma.
Les praticiens reçoivent une base théorique, mais manquent des outils pour comprendre comment ces schémas d’attachement se forment et se modifient dans le temps, sous l’influence des interactions et des facteurs environnementaux. La théorie de l’attachement devient alors un concept figé, presque diagnostique, alors qu’elle est avant tout un cadre pour observer et réfléchir sur les processus relationnels sous-jacents.
Attachement insécure : une réponse adaptative, non un dysfonctionnement
Un malentendu majeur par exemple dans la compréhension de la théorie de l’attachement est la croyance que l’attachement insécure est un problème en soi, qu’il faut réparer ou corriger. Cette vision déficitaire de l’attachement va à l’encontre de la théorie elle-même, qui explicite les processus de survie dans des contextes adverses. Les travaux de Patricia Crittenden, à travers le Dynamic Maturational Model (DMM), ont clairement montré que l’attachement insécure n’est pas un défaut ou une pathologie. Au contraire, il s’agit d’une adaptation sophistiquée à un environnement perçu comme imprévisible ou menaçant. Ce que nous devons comprendre, c’est que ces stratégies d’attachement insécures sont des réponses protectrices au contexte relationnel dans lequel l’individu évolue. Elles permettent à l’enfant (et plus tard à l’adulte) de maximiser la sécurité émotionnelle en fonction des ressources et des dangers perçus dans leur environnement. Autrement dit, l’attachement insécure est une solution à un problème relationnel qui met en jeu la survie dans l’enfance, et non un problème en soi. Ce qui nous amène à un point crucial : en tant que cliniciens, notre rôle n’est pas de changer directement le style d’attachement de nos patients. L’attachement est une réponse adaptative aux conditions environnementales. Ce que nous pouvons et devons faire, c’est travailler sur les facteurs qui organisent et maintiennent ces stratégies d’attachement. C’est dans l’environnement relationnel — que ce soit dans la famille, les interactions sociales ou même la relation thérapeutique — que nous pouvons influencer le changement.
En créant un environnement relationnel plus sécure, que ce soit en aidant les parents à mieux comprendre et répondre aux besoins de leurs enfants, ou en offrant une alliance thérapeutique sécurisante à nos patients adultes, nous modifions les conditions dans lesquelles leurs modèles d’attachement opèrent. Cela leur permet alors d’explorer d’autres manières de se lier aux autres, de manière plus flexible et plus ouverte. Cette approche, comme on le comprend, élargit considérablement l’éventail des possibilités d’intervention pertinente : de la fourniture de ressources matérielles et humaines, à la formation, en passant par toutes les formes de thérapies verbales, somatiques, artistiques ou encore médiatisées par l’animal. Ce qui compte, c’est ce qui est pertinent pour le sujet, au regard de ce que l’on a compris de son fonctionnement en termes d’attachement et de l’histoire d’adversité à laquelle il s’est adapté, ainsi que de son environnement.
Enfin, les formations plus ou moins approfondies à la théorie de l’attachement peinent parfois à rendre compte clairement pour l’apprenant, que le processus d’intégrer la théorie de l’attachement dans la pratique cliniques est un processus long, peut-être même interminable, un apprentissage en mille-feuille où se mêlent les connaissance théorique, l’expérience clinique mais aussi la propre évolution individuelle de l’attachement du clinicien soumis à ce savoir. Après vingt ans de formation et de pratique clinique, je découvre et j’apprends encore parfois, souvent même, en refaisant des formations que j’ai déjà faite. Sauf qu’entre deux, j’ai changé, mon attachement a changé, j’apprends alors autre choses, autrement, quelque chose que je ne pouvais pas apprendre plus tôt car je n’étais pas en état d’intégrer l’information. Il en découle que les formations qui doivent être développées pour répondre à la demande des professionnels de savoir comment intégrer l’attachement dans la clinique doivent être conçu en prenant en compte ces défis posé par l’implémentation de la théorie de l’attachement comme un cadre de référence pour le travail clinique incontournable.
Formation “Intégrer l’attachement dans les pratiques cliniques”
C’est dans ce contexte réflexif que j’ai créé la formation intitulée “Intégrer l’attachement dans les pratiques cliniques”pour répondre à ces besoins spécifiques. Cette formation revient sur les bases théoriques de l’attachement (la partie émergée de l’iceberg), mais les met en lien avec tout ce qu’il est nécessaire de savoir sur les neurosciences affectives, le traitement de l’information en mémoire, bref, sur la partie immergée de l’iceberg.
Elle présente aussi le modèle DMM de Patricia Crittenden, qui a une plus forte validité théorique lorsqu’il s’agit de comprendre l’attachement chez les populations cliniques ayant grandi dans l’adversité depuis la naissance. Elle permet ainsi aux professionnels de maîtriser en profondeur les différents concepts théoriques et de réfléchir à leur opérationnalisation dans le lien avec les patients.
Ainsi, au-delà de l’acquisition de techniques plus ou moins standardisables et transposables, la formation “Intégrer la théorie de l’attachement dans la pratique clinique” permet aux professionnels de répondre avec sensibilité – on pourrait dire en faisant du sur-mesure – aux besoins d’attachement du sujet, en créant ou co-créant avec lui la thérapie spécifique et unique dont il a besoin, en fonction de son histoire relationnelle plus ou moins sécurisée.
Ainsi, toute approche thérapeutique est utilisable. La question est : quelle est la bonne approche pour ce patient-là, en fonction de ce que l’on a compris de son histoire d’attachement, de ses besoins, du traitement de l’information qu’il réalise sous stress, et des expériences correctrices uniques dont il a besoin pour développer d’autres façons d’être en relation, plus adaptées.
Conclusion : Une formation pour passer de la théorie à la pratique
La théorie de l’attachement est un cadre conceptuel puissant, mais son véritable potentiel se révèle donc lorsque nous l’intégrons pratiquement dans nos interventions cliniques. La formation “Intégrer l’attachement dans les pratiques cliniques”, est ainsi conçue pour fournir aux praticiens des connaissances approfondies sur le développement de l’attachement à tous les âges de la vie, ainsi que les compétences nécessaires pour observer, réfléchir et agir sur les schémas d’attachement de leurs patients dans le cadre d’un alliance thérapeutiques et en intégrant tout autre outils thérapeutiques pertinent. En travaillant sur les relations sous stress, en apprenant à réparer les ruptures et à créer des environnements relationnels sécurisants, les thérapeutes peuvent offrir à leurs patients une nouvelle manière d’explorer et de réajuster leurs propres stratégies d’attachement, pour eux-mêmes et leurs proches.




