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Internet est plein d’informations sur les pleurs des bébés, les bébés dits « à besoins intenses », des bébés qui mettent aux défis leurs parents tellement ils ont de besoins. Je suis psychologue de bébé et ces bébés-là n’inquiètent beaucoup moins que les bébés très (trop) calmes. Pourquoi ? Parce qu’un bébé qui râle, proteste, crie, pleure est un bébé qui fait son Job de bébé. Il travaille à signaler activement ses besoins pour qu’un adulte y réponde. Il travaille à nous faire agir pour lui. C’est fatigant pour les adultes, énervant parfois, il peut être bon d’accompagner les parents de ces bébés pour qu’ils ne craquent pas, mais, somme toute, ce sont des bébés qui savent comment faire pour qu’on ne les oublie pas.

Je suis bien plus inquiète et je tends bien plus l’oreille quand on me parle d’un bébé facile, très adapté et autonome, qui semble n’avoir besoin de personne. C’est étrange, un bébé humain ne peut pas survivre seul. Comment expliquer qu’il soit si discret ? Pourquoi n’aurait-il pas autant besoin d’un adulte que les autres ?

Pour comprendre, il nous faut approfondir un peu.

Le répertoire défensif du bébé

Le répertoire défensif du bébé, c’est-à-dire les comportements nous signalant que le bébé est en difficulté, est initialement assez limité. Le bébé ne dispose en fait que de deux comportements programmés dans la génétique de notre espèce : les comportements de protestation dont les pleures font partie et le comportement de retrait relationnel.

Les comportements de protestation sont bien connus. Ils sont clairs quant au fait que le bébé a besoin de nous et facilement détectable, car ils nous poussent à agir par leur caractère bruyant et désagréable.

Le comportement de retrait relationnel

Le comportement de retrait relationnel est, quant à lui, beaucoup plus difficile à percevoir. Il est aussi plus grave quand il apparaît chez le bébé de façon prolongée.

Le comportement de retrait relationnel est un comportement en creux, c’est une absence de comportement qui devrait normalement être là. Ce sont des bébés qui regardent moins, vocalisent et pleurent moins, qui explorent moins. Ce sont des bébés qui peuvent avoir recours à de petits gestes bizarres et répétitifs qui signalent leur stress intérieur, mais qui ne font pas de bruit. Ce sont des bébés non demandeurs, autonomes, tranquilles aussi, désengagés et dont on ne perçoit pas toujours la détresse sous-jacente.

Le comportement de retrait relationnel apparaît quand les capacités du bébé à s’adapter à son environnement sont dépassées. Il n’y arrive pas alors il se met en veille. C’est une position économique d’attente biologiquement programmée dans notre espèce. Le bébé va attendre que son environnement évolue, que son développement lui permette l’accès à de nouvelles compétences. Il se met en retrait, en veille, en position économique, car un bébé ne peut rester en protestation perpétuelle dans un environnement qui ne répond pas suffisamment à ses besoins. Ce serait trop coûteux énergétiquement et dangereux pour sa survie.

L’on entrevoit ainsi que le comportement de retrait relationnel prolongé signale une difficulté existante pour le bébé. Celle-ci peut être d’origine organique : le bébé peut avoir une déficience sensorielle, une douleur chronique, un syndrome autistique, une prématurité, etc. L’origine peut être aussi relationnelle. Le bébé est mis en difficulté dans les interactions avec ses donneurs de soins. Ceux-ci peuvent être empêchés pour des raisons physiques (absence prolongée, handicap, maladie) ou psychiques (dépression maternelle, violence conjugale, conditions socio-économiques particulièrement difficiles, trauma du parent).

Le retrait relationnel signale un risque pour le développement

De ce fait, le retrait relationnel prolongé est un élément important de la sémiologie du bébé à connaître, car il apparaît en lien avec des difficultés réelles du bébé, la psychopathologie précoce et il signale un risque pour le développement.

D’ailleurs, ce comportement de retrait relationnel a d’abord été mis en évidence par les recherches sur la carence de soin précoce et les effets de la séparation chez le bébé. Les bébés de René Sptiz, célèbre psychanalyse de bébé (lien vers les vidéos) ne pleuraient pas beaucoup. John, filmé par James et Joyce Roberston dans les années 60, ne pleurait plus après quelques jours de séparation avec ses parents (lien vidéo). Il ne s’était pas habitué, il était en retrait relationnel. De même, les reportages sur les orphelinats roumains ou tout lieu où les bébés souffrent physiquement ou psychiquement ne résonnent pas de pleurs de bébé, mais de trop de silence. Le pleure, la protestation est un comportement coûteux, le bébé a encore de l’énergie et l’espoir d’obtenir une réponse. Quand le retrait relationnel est prolongé, le bébé économise son énergie et n’a que peu d’espoir d’obtenir une réponse de son environnement.

Apprendre à repérer le retrait relationnel au tout début de sa mise en place apparaît donc nécessaire pour toute personne travaillant en relation avec les bébés parce qu’il est essentiel de percevoir ce comportement discret et complexe. Repérer précocement les prémisses de l’installation d’un comportement de retrait relationnel permet en effet d’agir pour le bébé et sa famille, de protéger le développement du bébé et de stimuler sa résilience naturelle. Repérer le retrait relationnel c’est déjà intervenir en faveur du développement de l’enfant.

Repérer le retrait relationnel c’est déjà intervenir en faveur du développement de l’enfant. C’est ce que permet la formation à l’utilisation de l’Échelle alarme détresse bébé (ADBB) conçu par le professeur Antoine Guedeney. Cette échelle a obtenu deux prix de recherche. Pour en savoir plus : https://www.echelle-adbb.fr/retrait-relationnel-precoce-nourrisson

La formation est aujourd’hui disponible à distance pour qu’elle puisse être accessible à un maximum de professionnels sur le terrain. Nous proposons plusieurs formats en fonction du niveau de compétences que vous souhaitez acquérir : 

Une sensibilisation à l’Echelle M-ADBB (Modified ADBB) de 6 heures, qui permet de dépister rapidement si le bébé est en détresse psychique ou pas.

Une formation approfondie à l’échelle ADBB de 65 heures, qui comprend plus d’items d’évaluation du retrait relationnel, et qui permet à la fois de détecter, évaluer la gravité et l’évolution du retrait sous intervention. Ce format à distance permet de donner des contenus plus riches, de cheminer ensemble pendant 12 à 14 semaines et de bénéficier d’un accompagnement spécifique et régulier de la formatrice. Une communauté permet de rompre l’isolement et de partager ses compétences, d’approfondir les apprentissages et devenir pleinement confiant en sa capacité a détecté le retrait relationnel chez le bébé. Une certification privée est incluse.

Pour consulter le programme de la sensibilisation à l’échelle M-ADBB (autoformation de 6 heures), cliquez sur ce lien :

Pour voir quand commence la prochaine promotion et consulter le programme de la formation approfondie (65 heures), cliquez sur ce lien :

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